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Nicolas Pegon & Samuel Trenquier

« Correspondances »

 

BAD presents

Correspondances

an exhibition by Nicolas Pegon & Samuel Trenquier

Vernissage : 22/01/2016
From 6:00 to 9:00 pm
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Visits by appointment from 23rd to 31st January

Finissage : 30/01/2016
From 4:00 to 7 pm
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Rue Isidore Verheyden 12
1050 Bruxelles

Info@brusselsartdepartment.com
0483/378.402

 

Correspondances, un texte d’Audrey Vermorel

Il m’aura fallu du temps pour mettre des mots sur la collaboration de deux artistes qui font du foisonnement et du prolixe une véritable intention. Autant de richesse, c’est presque trop pour un seul œil, un seul cœur. J’ai dû rester face à ma feuille, puis sortir marcher, en parler, retourner à ma
copie, partager, pour arriver à ranger idées et émotions.

C’est que déjà à eux seuls, Nicolas Pegon et Samuel Trenquier ont un potentiel de mobilisation des sens assez puissant. Quand l’un propose des œuvres graves, massives et profondes, des blocs de vérités vraies, révélés au fusain par la nudité ultra réalistes des corps, des masques et trophées l’autre crée le mouvement et la promenade dans une diversité de couleurs, de formes qui appellent au voyage. Quand l’un s’attache à explorer l’humain dans ce qu’il a de plus cru, social ou animal, dans son rapport à ce qui l’entoure, de l’objet précieux à celui du quotidien, l’autre construit comme un « jardin d’enfants pour l’œil adulte », véritable terrain d’exploration où l’on se balade de découverte en surprise, au gré d’un collage de gommettes pour grands ne voulant pas trop grandir finalement.

La rencontre de leurs deux univers ne pouvait qu’être spéciale et se réaliser de façon spéciale. Ils ont correspondu, s’envoyant chacun des dessins pour que l’autre y participe, rajoute sa contribution, sans cadre défini, avec carte blanche en poche. Les deux ont une telle capacité et force à occuper le dessin que je me demande s’il aurait pu en être autrement, y avoir une autre façon pour eux de créer ensemble que chacun dans son coin, à l’abri du regard et des projections de l’autre.  Plus je me penche sur ces œuvres « écrites » à quatre mains, plus il me semble évident que ce processus épistolaire est profondément lié aux œuvres et en est à l’origine. Car même si le média est ici le dessin, j’ai vite compris que je ne regardais pas leurs œuvres, mais que je les lisais. Déjà, quand je me suis penchée sur le travail de Samuel, j’ai tout de suite pensé à la chanson de Roland ou autre chanson de geste. Samuel propose de prendre un chemin, un chemin de lecture, jonché de formes, jalonné de reliefs, de couleurs qui permettent à l’œil d’explorer et de choisir son itinéraire, comme quand enfant je lisais les romans qu’on appelait les romans à tiroirs.

Quand Samuel s’immisce – et le choix du terme est mesur é- dans les dessins de Nicolas, c’est pour venir donner de la vie et peut-être un peu d’optimisme à la gravité de notre humanité dépeinte par Nicolas. Comme dans certains romans sud-américains où, au final, quelles que soient les réalisations des hommes et leurs tourments, la nature vient reprendre ses droits et faire discrètement mais sûrement pousser de la mousse par ici, grandir une liane par là. Nicolas qui rencontre Samuel c’est comme lire Cent ans de solitude, on comprend  que la maîtrise n’est rien sans le chaos qui l’entoure et qui peut la détruire à chaque instant.

C’est comme s’ils avaient su traduire en dessin la précarité de cet équilibre entre raison et chaos, réalité et fantasme qui constitue les pensées qui nous passent par la tête.  Parce que trop concentrés que nous sommes sur le produit fini qu’est une idée, nous oublions la tempête interne que cela a réveillé. Et regarder ces deux artistes travailler ensemble, l’un après l’autre dans un échange à distance, c’est voir enfin, et de façon tout à fait transparente, les strates et le cheminement qui
constituent la création d’une idée. On l’oublie peut-être mais de la phrase la plus banale au concept le plus abouti, tout notre esprit se mobilise et engage des souvenirs, des sensations, des réminiscences que l’on ne maitrise pas pour donner un peu de nous à chaque fois. Une idée, c’est un collage. Chaque idée, pensée, envie produite nous rend un peu plus l’artiste de notre propre histoire et ce duo, dans cette belle collaboration, l’exprime ici à merveille.

Ils nous racontent cette histoire, ou comment le produit fini -qu’il soit œuvre ou idée- relève d’un processus, d’un échange avec soi ou avec l’autre, comment il est le fruit d’un foisonnement d’images qui nous apparaissent nettes, de sensations plus abstraites, les fameuses que l’on sent parfois toucher du doigt et qui nous échappent pour ramener une nouvelle texture, un nouveau son, un éclair de couleur.